{"id":156,"date":"2017-11-24T22:29:37","date_gmt":"2017-11-24T21:29:37","guid":{"rendered":"http:\/\/inkin-project.com\/?p=156"},"modified":"2022-08-14T19:10:08","modified_gmt":"2022-08-14T17:10:08","slug":"le-omu-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/fr\/2017\/11\/24\/le-omu-i\/","title":{"rendered":"Le Omu-i"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000; font-family: Calibri;\">Peu de tissus inkin anciens ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s au Japon dans leurs dimensions d\u2019origine. De par leur valeur religieuse et leur raret\u00e9 mat\u00e9rielle, les kesas en inkin conserv\u00e9s dans leur int\u00e9gralit\u00e9 sont particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux. Le <i>Omu-i<\/i> est certainement le plus c\u00e9l\u00e8bre, et est dit \u00eatre le plus ancien conserv\u00e9 aujourd\u2019hui.<\/span><!--more--><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri;\"><span style=\"color: #000000;\">Il s\u2019agit d \u2018un <i>kesa<\/i> \u00e0 vingt-cinq panneaux, de type<i> dai-e<\/i>, l\u2019habit de c\u00e9r\u00e9monie que les moines pouvaient \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 porter en cas d\u2019audience au palais imp\u00e9rial. Le <i>kesa<\/i> associe des pi\u00e8ces de damas de soie armure serg\u00e9 (<i>aya<\/i>) bleu et jaune, orn\u00e9es de motifs peints \u00e0 la poudre d\u2019or. Bien qu\u2019on cite le Omu-i comme une \u0153uvre majeure dans l\u2019histoire des inkin, il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une technique d\u2019impression, mais \u00e0 plus proprement de \u00ab\u00a0<i>by\u00f4kin<\/i>\u00a0\u00bb, de dessin \u00e0 l\u2019or. Pendant un temps le kesa fut la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019atelier de restauration Oka Bokk\u00f4d\u00f4, qui l\u2019aurait re\u00e7u en don de la part d\u2019un temple qui, du fait du mauvais \u00e9tat de conservation du v\u00eatement, l\u2019avait offert au restaurateur. Restaur\u00e9e dix ann\u00e9es durant, l\u2019\u0153uvre a <\/span>\u00e9t\u00e9 acquise<\/span><span style=\"color: #000000; font-family: Calibri;\"> par le Mus\u00e9e national de Kyoto en 1962.<span style=\"color: #993366;\"> <a style=\"color: #993366;\" href=\"https:\/\/emuseum.nich.go.jp\/detail?langId=en&amp;webView=&amp;content_base_id=101135&amp;content_part_id=0&amp;content_pict_id=0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">L\u2019\u0153uvre est visible en vue d\u00e9taill\u00e9e en ligne<\/a>.\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri;\"><span style=\"color: #000000;\">Le nom complet de l\u2019\u0153uvre est <i>kesa en inkin \u00e0 motif de pivoines en rinceaux \u00e0 la chinoise en inkin sur fond bleu p\u00e2le<\/i>. La d\u00e9nomination de <i>Omu-i<\/i> signifie \u00ab\u00a0donn\u00e9 en r\u00eave\u00a0\u00bb, et<\/span> fait r\u00e9f\u00e9rence<\/span><span style=\"color: #000000; font-family: Calibri;\"> \u00e0 la l\u00e9gende qui entoure le <i>kesa<\/i>. Le v\u00eatement a appartenu au moine Ryushu Sh\u00fbtaku (1308-1388), du Nanzen-ji de Kyoto. Ce dernier se serait vu, en r\u00eave, transmettre le kesa par Wuzhun, un c\u00e9l\u00e8bre moine chinois ayant v\u00e9cu durant la dynastie des Song du Sud au 12<sup><span style=\"font-size: small;\">e<\/span><\/sup> si\u00e8cle, et l\u2019aurait effectivement re\u00e7u le lendemain \u00e0 son r\u00e9veil. Quelle que soit la dimension l\u00e9gendaire de cette histoire, celle-ci t\u00e9moigne de l\u2019importance de la pratique du <i>demp\u00f4-e<\/i> dans le bouddhisme zen, une tradition qui consiste \u00e0 mat\u00e9rialiser l\u2019enseignement du maitre \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e8ve par la transmission d\u2019un kesa. La valeur du v\u00eatement, plut\u00f4t que mat\u00e9rielle, provient de l\u2019appartenance \u00e0 un moine c\u00e9l\u00e8bre. Derri\u00e8re la l\u00e9gende du Omu-i peut-on ainsi lire une trame plus politique. Le kesa a effectivement appartenu \u00e0 Sh\u00fbtaku, qui \u00e9tait l\u2019\u00e9l\u00e8ve de Mus\u00f4 S\u00f4seki, un moine rattach\u00e9 au Tenry\u00fbji. Au cours de la lutte de succession \u00e0 la position de leur ma\u00eetre, Sh\u00fbtaku et un autre disciple de Soseki, My\u00f4ha, pr\u00e9tendirent tous deux avoir obtenu un <i>kesa<\/i> de Wuzhun, la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de ce dernier leur apportant une validation plus importante que celle de S\u00f4seki. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Calibri;\">Le Omu-i a longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme une pi\u00e8ce chinoise dat\u00e9e des Song du Sud. Une \u00e9tude plus r\u00e9cente l\u2019a cependant rapproch\u00e9 stylistiquement des motifs d\u2019arabesques floraux de la dynastie Goryeo (9<sup><span style=\"font-size: small;\">e<\/span><\/sup> \u2013 14<sup><span style=\"font-size: small;\">e<\/span><\/sup> s.), ce qui resituerait sa fabrication dans un contexte m\u00e9di\u00e9val cor\u00e9en.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Calibri;\">Le kesa de My\u00f4ha, \u00e9galement d\u00e9sign\u00e9 \u00ab\u00a0Bien Culturel Important\u00a0\u00bb, est<span style=\"color: #993366;\"> <a style=\"color: #993366;\" href=\"https:\/\/emuseum.nich.go.jp\/detail?langId=en&amp;webView=&amp;content_base_id=100894&amp;content_part_id=0&amp;content_pict_id=0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">visible en ligne sur la base emuseum .<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Calibri;\">Celui-ci correspondrait \u00e0 une production chinoise dat\u00e9e de la p\u00e9riode Yuan (v.14<sup><span style=\"font-size: small;\">e<\/span><\/sup> s.).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Calibri;\">J\u2019ai eu la chance de pouvoir observer le Omu-i de pr\u00e8s. Le motif du damas, perceptible sous le dessin \u00e0 l\u2019or, consiste en un r\u00e9seau de frises de grecques entrecrois\u00e9es, enserrant un petit motif de fleurette, et ponctu\u00e9 de dragons affront\u00e9s en m\u00e9daillons. Ce motif est par ailleurs entr\u00e9 dans le r\u00e9pertoire des motifs des tissus de montage des \u0153uvres peintes, o\u00f9 il porte le nom de <i>\u00f4mu-i<\/i>, en r\u00e9f\u00e9rence au <i>kesa<\/i> dont il est tir\u00e9. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Calibri;\">Ce qui n\u2019apparait pas toujours clairement sur les photographies, c\u2019est que le l\u2019or n\u2019est pas seulement pr\u00e9sent sur les parties en damas bleu mais \u00e9galement sur les pi\u00e8ces jaunes, selon le motif visible en filigrane sur le d\u00e9tail photographi\u00e9 sur la base emuseum. L\u2019or est appliqu\u00e9 en couche \u00e9paisse, de mani\u00e8re libre, en des motifs qui ne se r\u00e9p\u00e8tent jamais de mani\u00e8re identique. Un examen au microscope r\u00e9v\u00e8le la finesse de la poudre m\u00e9tallique, pos\u00e9e sur un adh\u00e9sif tr\u00e8s fin et incolore, qui reste invisible dans les zones d\u2019usure. Contrairement \u00e0 la plupart des <i>inkin<\/i> anciens (cf art. <i>Techniques<\/i>), aucune craquelure n\u2019est visible. Un examen aux rayons UV montre la fluorescence du damas teint \u00e0 l\u2019indigo. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Calibri;\">L\u2019objet, tr\u00e8s d\u00e9grad\u00e9, a \u00e9t\u00e9 en grande partie reconstitu\u00e9 par la restauration. Les restaurateurs ont choisi de restituer l\u2019objet dans ses dimensions d\u2019origine, en employant un damas tiss\u00e9 sur commande selon le motif d\u2019origine. Le tissu original a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 par collage sur le tissu de support. Plusieurs interventions de restauration locales avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es avant celle de l\u2019atelier Oka Bokk\u00f4d\u00f4, qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9es. <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peu de tissus inkin anciens ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s au Japon dans leurs dimensions d\u2019origine. De par leur valeur religieuse et leur raret\u00e9 mat\u00e9rielle, les kesas en inkin conserv\u00e9s dans leur int\u00e9gralit\u00e9 sont particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux. Le<a class=\"read-more\" href=\"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/fr\/2017\/11\/24\/le-omu-i\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[11],"tags":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/156"}],"collection":[{"href":"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=156"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/156\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":954,"href":"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/156\/revisions\/954"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=156"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=156"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/inkin-project.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=156"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}